Culture, musées et réseaux sociaux : combien de fans ? (Partie 1/3)

Dire que la culture n’échappe pas à la vague du web 2.0 n’est pas franchement une révélation. On ne compte plus les exemples d’artistes révélés par le net. Certaines institutions culturelles surfent allègrement sur cette vague pour aller à la rencontre du public et le séduire. Dans le spectacle vivant, on joue avec et on saisit la balle de l’innovation au bond. Tenez, celle-ci par exemple, les « tweet seats », des fauteuils réservés aux adeptes du gazouillis en ligne pour qu’ils puissent twitter tranquilles avec le metteur en scène pendant la représentation, sans déranger les spectateurs plus « conventionnels ». Le Dayton Opera, le Carolina Ballet à Raleigh, une palette non négligeable de grandes salles de concert américaines les proposent. Sacrilège ? 90% d’internautes restent encore à convaincre selon le sondage en ligne mené par le Guardian le 6 mars dernier. Il n’empêche, la tendance fait des petits, avec un certain succès semble-t-il, et va bien finir par arriver chez nous.

Pourtant à y regarder de plus près, s’il révolutionne quelques pratiques, le web 2.0 est loin d’avoir gagné l’ensemble de la planète culturelle. Le monde du spectacle vivant et de la musique s’en empare parce que dans un secteur fortement concurrentiel, la promotion fait partie du spectacle. L’enjeu : être visible, se mettre en scène avec un marketing tous azimuts et – et c’est la grande nouveauté – interagir avec son public. La culture n’est plus un simple produit de consommation (mais l’a-t-elle jamais été ?), elle devient ici « participative ». Voilà, le mot est lâché…

Côté musées ? On bouge moins vite, c’est sûr, et plus souvent sous la pression du public que de manière volontariste. On lit même que les musées d’art contemporain sont les plus réticents voire résistants à la vague. Alors, réelle innovation ou un mal nécessaire pour les institutions culturelles ?

Au Guggenheim de Bilbao, au MOMA de New York, au Louvre de Paris, à la Tate Gallery de Londres, Profils Facebook, Twitter, youtube ou flickr, visites en 3D, audioguides et autres applications smartphones sont largement intégrés. De vastes projets sont en cours à l’instar du Grand Versailles numérique. Ces institutions se sont constitué un réseau enviable d’amis et de fans. Elles ne sont de loin pas la majorité. En Suisse, elles sont l’exception.

En 2010, Jacques Magnol et Ekaterina Ermolina recensaient 4 musées romands disposant d’un profil sur Facebook (Le centre d’art contemporain et le MEG à Genève, le musées des Beaux-Arts et celui de l’Elysée à Lausanne) et 3 en suisse alémanique (tiens, pour une fois….). Peu actifs et peu interactifs, parfois sans aucun lien avec leur site internet, les pouces levés s’y faisaient rares. Depuis, de nouveaux musées ont bâti leur mur : le musée Olympique à Lausanne, le musée suisse de l’eau à Estavayer-le-Lac, celui de l’appareil photographique à Vevey, ou encore celui du jeu à la Tour de Peilz. Certains sont aussi sur twitter, proposent des visites virtuelles et autre lecteur multimédia… Le musée Ariana de la céramique et du verre à Genève est en vidéo sur youtube, etc. Mais, la stratégie participative des institutions culturelles suisses semble encore tâtonnante, plus attachée aux canaux traditionnels de communication, sur papier glacé, ou en image. « Monet, Monet, Monet »…

Google Art Project ? Sur les 155 institutions qui y « exposent » leur collection, une seule est suisse : le musée olympique à Lausanne.

Aujourd’hui 30% des personnes en Suisse possèdent un compte Facebook. D’après le sondage en ligne de MuseumNext (avril 2011), 83% des internautes vont visiter une exposition si elle est recommandée par un ami sur Facebook. Philippe Ravanas (expert en marketing et professeur au Columbia College de Chicago) parle de « pression communautaire bienveillante ». La bonne vieille recette du bouche-à-oreille à laquelle les sites communautaires donnent « juste » une énorme caisse de résonnance… Cela donne à réfléchir, non ?

Par Laure Bonnevie pour Blackswan ©

1 Commentaire pour “Culture, musées et réseaux sociaux : combien de fans ? (Partie 1/3)”

  1. spa privatif lille 27 novembre 2017 at 9 h 23 min #

    Très intéressant ! Merci beaucoup pour toutes ces explications.


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