Usurpo ergo sum

A l’ère des médias participatifs, ce sont une nouvelle fois les membres de mon réseau social qui ont choisi le thème de ma chronique du jour. Un thème qui a l’avantage de ne laisser personne indifférent: la génération U… Rien à voir avec les nouveaux commerçants vantés par une grande chaîne de distribution française; la génération U, dans mon cas, est transversale à la génération XY et Z et qualifie un vaste mouvement: les usurpateurs.

Avant toute chose, il convient de distinguer deux notions: l’inspiration et l’usurpation. Le première impliquant d’aller prendre ce qui se fait, qui a plu, touché, etc. et de recréer à partir d’un ou plusieurs éléments une nouvelle « œuvre » originale. « S’inspirer de », cela s’est toujours fait, ouvertement ou de façon plus obscure, mais de manière générale, il est rendu à César ce qui appartient ou a appartenu à César (par le concerné ou des tiers). Comme le disait Lavoisier – chimiste et philosophe français – « rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme ».

Ainsi, de tous temps, l’être humain n’a eu de cesse de reprendre l’existant pour l’amener à une nouvelle étape, permettant ainsi à l’humanité (à l’art, à l’économie, etc.) de ne pas réinventer la roue à chaque fois. C’est pragmatique, pratique, profondément lié à notre condition d’êtres humains. De valeur ajoutée en valeur ajoutée, l’Homme fait avancer le schmilblick en même temps que, pour les plus inspirés, son Personal Branding.

Evidemment, avec l’apparition de nouveaux outils, de technologies plus spécifiques, on se pose désormais des questions nouvelles: jusqu’où reste-t-on propriétaire d’une œuvre photographique, musicale ou littéraire, puisqu’on s’évertue en même temps à transformer le web en bibliothèque géante et à légiférer l’usage fait des références proposées ? Et quid lorsqu’une œuvre ne fait qu’inspirer une nouvelle création originale, elle ? A-t-on jamais pu parler de création originale dans l’absolu, ou tout n’est-il qu’une suite de mèmes inspirés par nos ancêtres préhistoriques ?

Désormais, nous sommes tous des réalisateurs, monteurs, musiciens, etc. en puissance, disposant des techniques et des logiciels nécessaires à l’assemblage (mashup) de créations originales en vue de les détourner ou de les sublimer.

Mais laissons-là ces considérations philosophiques pour aborder enfin la deuxième notion: l’usurpation. La distinction avec la première se situe à deux niveaux: l’intention de masquer la référence et l’absence de valeur ajoutée. Autant dire qu’à l’ère du tout-numérique, les usurpateurs ont plus de gras qu’il n’en faut à ronger sur leur os. Déjà, parce que la traçabilité de certaines sources est quasiment impossible (malheureux anonymes dont seules les œuvres deviennent des références), ensuite, parce qu’au moment où je vous parle, la valeur ajoutée n’est pas une donnée prise en compte dans la notion d’influence mesurée et mesurable proposée par les outils de RSD (Retour Sur Diffusion – une invention de mon cru) à disposition.

En effet, le digital commet les mêmes erreurs que ses homonymes papier en privilégiant l’audience, le quantitatif, sur la pertinence, le qualitatif, incapable qu’il est d’analyser le contenu en tant que tel. Comme, en plus d’être pragmatique et pratique, l’être humain est également opportuniste et peu patient, la dérive intervient et créé une société virtuelle à deux vitesses: ceux qui créent et diffusent et ceux qui ne font que diffuser.

Pas grave, me direz-vous ! De tous temps, il y a eu des émetteurs de message et des médias pour transmettre lesdits messages. Effectivement. Mais on les identifiait clairement comme tels. Or, le danger de ces nouveaux « médias individuels » réside dans l’influence qu’ils affichent au compteur de leurs différents profils, seule référence pour les profanes.

Retweets, partage de liens, ajouts de photos, d’articles, etc., ces nouveaux prophètes ne se donnent même pas la peine de mélanger les sources pour en devenir une à leur tour. Ils font simplement leur auto-propagande en s’appuyant uniquement sur la diffusion de contenus glânés ci et là, bref, ils prennent sans jamais rien donner. Et comme au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, on les retrouve dans les hauts de certains classements (Klout ou PegasusDataProject pour les Romands), invités sur les plateaux télé ou à la radio. Et du coup, parce qu’on les prend pour des influenceurs, on leur offre en prime un nouveau rôle: celui d’expert approuvé parce que « vu à la TV ».

J’ai eu la grande chance d’assister à un événement de référence la semaine dernière : la conférence Lift. Le grand rassemblement techno-futuro-philosophique de la communauté « hipster-geek-communicante » bardée de connexions multi-devices (au Lift, les pommes brillent dans la salle comme des centaines d’étoiles dans le ciel) ; eh bien, 90% de ceux qui commentent le Lift pour leur communauté ne commentent en fait pas: ils transmettent. En gros, c’est comme si vous aviez plusieurs centaines de versions du 20 minutes qui sortaient à quelques secondes près devant des centaines de portes différentes.

Heureusement, je crois à la sélection naturelle. Et à la collaboration intelligente entre la stratégie, le contenu et la diffusion, de même qu’à une évaluation nouvelle des « performances » des médias en propre, qu’il s’agisse des versions numériques des médias traditionnels, des médias sociaux des entreprises ou des médias digitaux « individuels ». Je crois aussi au fait qu’après l’obscurantisme digital, il y aura un numérique des Lumières où l’aura des prophètes ne sera pas proportionnelle au nombre de leurs followers, mais à leur pertinence sur un sujet donné.

Peut-être qu’à l’occasion d’une de mes chroniques, je vous raconterai aussi comment l’on achète ou acquiert des followers et des fans à bon marché dans certaines contrées d’Afrique du Nord, parce qu’ils constituent la base d’une masse critique espérée pour devenir un « influenceur ». Ou pas.

PS : la phrase de Lavoisier est attribuée à un certain Anaxagore, philosophe grec. Alors, je le donne à qui, le copyright?

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Vox populi, vox dei

De tous temps, le peuple a choisi ses héros… et ses ennemis. Ceux qui le représentaient – les leaders – et ceux qui n’étaient pas en adéquation avec ses valeurs. Parfois, les ennemis devenaient des héros et les héros, des ennemis. Et cela prenait du temps.

Les médias se sont toujours servis des deux, les stigmatisant dans des films, des reportages, des articles, etc. Le type en costume moulant, c’était le gentil, celui avec la cicatrice, le méchant; l’Américain, c’était le gars qui défendait un monde juste, le Russe, puis l’Arabe, celui qui voulait détruire notre monde à nous ; le binoclard, c’était l’anti-héros héros, le beau gosse fortuné, l’âme damnée. Tout était simple et on savait tout de suite à qui l’on avait affaire.

Sauf qu’aujourd’hui, le peuple a accès à plein d’informations différentes, provenant de sources géographiques et culturelles variées. Autant de regards sur le monde, autant d’avis sur un événement. Difficile désormais de s’étonner devant le menu du JT énoncé par un présentateur qui sait déjà que sa fonction, à l’image de certains DJ, consiste à jouer au « pousse-sujet »… des sujets dont le peuple a déjà pris connaissance sur le web avec, s’il a bien voulu manifester un peu d’intérêt, autant d’angles d’attaque que d’intervenants, de réseaux.

La radio a beau jouer la carte de la réactivité, on ne peut en écouter qu’une à la fois; les quotidiens ont beau tenter d’apporter une opinion sur une thématique, ils sont empreints d’une tendance politique que personne n’ignore; les magazines ont beau développer une thématique en profondeur, ils sont dépendants du nombre de pages disponibles.

Alors que les réseaux… de gauche ou de droite, experts ou néophytes, en images ou en textes, sans limite de caractères, de tons, sanscensure des annonceurs ou ligne éditoriale à respecter, le web offre une approche multi-formats et multi-opinions, le tout dans un univers multiculturel.

Je peux filtrer, à ma convenance, avec un hashtag sur Twitter, l’ensemble des opinions relatives à un sujet, et bien souvent, unblogueur de « là-bas » y a déjà consacré un article. Wikipédia m’offre la possibilité d’aller rechercher le contexte qui a favorisé l’émergence d’une actualité ou d’une autre.

D’une minute à l’autre, le héros, présenté comme tel à 9h56 devient une menace à 10h45, et l’inconnu de 11h13, le héros de 12h36. C’est bien, ça évite de considérer le monde de façon dichotomique; ça forge l’esprit critique.

Mais ça pose un problème: ça rend sceptique, désabusé. La fragilité de tout homme est mise en évidence, jusqu’à ceux exerçant aux plus hautes fonctions: à peine plébiscités, ils sont cloués au pilori. Et l’on cesse de croire. A tout. Même aux vrais héros. Puisqu’un héros chasse l’autre, le peuple peine à donner sa voix à qui que ce soit et de la voix pour quoi que ce soit.

Plus de cause qui fasse l’unanimité, ni de figure de référence vers laquelle se tourner. Alors même qu’on n’a jamais autant parlé d’engagement sur et à travers les réseaux sociaux, qui s’engage encore réellement, et pourquoi ?

Si la voix du peuple est celle de Dieu, le ciel doit être devenu bien silencieux…

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In Graph Search Veritas..

Voilà, c’est fait. Facebook a sorti son nouveau missile virtuel : Graph Search. Le moteur de recherche du géant bleu qui va fouiller dans les méandres de vos amitiés selon les critères plus ou moins (im)pertinents qui vous viennent à l’esprit.

Evidemment, pour bien faire les choses et comme à son habitude,Facebook vous présente sa nouvelle création vidéo de démonstrationà l’appui. Evidemment, elle est bien faite: simple, didactique, efficace. Evidemment, elle nous permet de comprendre très vite que, désormais, on va pouvoir faire encore plus de choses sur le réseau social des réseaux sociaux: rechercher qui de nos amis vit près de chez nous, ou à l’autre bout du monde, voire ceux qui partagent avec nous un goût particulier pour le tango argentin ou le poulet basquaise, déterminer qui aime, comme nous, le dernier opus de Muse ou celui de Musso (oui, ça arrive dans les meilleures familles).

Comme toujours, avec Facebook, on commence par réfléchir à l’utilité profonde de la fonctionnalité. Et puis, rapidement, on imagine: réunir des gens autour de leurs centres d’intérêt pour leur permettre d’en parler ou d’organiser des événements dédiés ? Tiens, ça tombe bien, sur Facebook, on peut justement créer des groupes ET des événements sans avoir à sortir de son réseau social préféré. Et là… quelle aubaine pour la publicité contextuelle, justement la plus prisée par les annonceurs. S’adresser directement et exclusivement à ceux qui ont déjà une affinité avec un produit, une destination, une activité au travers de liens sponsorisés ! Tout le monde y gagne: l’utilisateur content d’être entouré de gens qui lui ressemblent, l’annonceur ravi d’être au milieu de ses clients plus que potentiels et Facebook, enchanté de pouvoir proposer encore plus d’affinitaire, donc, de performance de son média, donc, plus d’argent!

Par contre, ce que l’on constate généralement trop tard, ce sont lesdérives d’utilisation des outils, qu’elles aient été prévues ou non par leur créateur. Dans le cas de Facebook Graph Search, il est à peu près certain que des recherches sur des critères plus farfelus verront rapidement le jour: affiliation à un parti politique, à un mouvement religieux, à une cause, pratiques suspectes, lectures polémiques, etc., l’imagination n’a de limite que le vice que nous voudrons bien y mettre. Nous, mais aussi: de potentiels employeurs, des employés de la sécurité d’Etat, des partis politiques, des charlatans, bref, rien que du beau monde.

Sans oublier qu’après les Meetic et autres Swissfriends qui ont déjà lancé leur système affinitaire permettant aux célibataires de trouver plus « efficacement » l’âme sœur qui leur ressemble, Graph Search ouvre de nouvelles perspectives d’optimisation, bien plus eff..rayantes: femme, 30 ans, Capricorne, avec un enfant (mais en garde alternée), pas végétarienne, vivant dans ma région, ayant lu « 50 nuances de Grey » et ayant pour citation sur son profil « La vie est un voyage qu’il est bien préférable de faire avec un compagnon à ses côtés… LOL » (Desperate Housewives, Saison 1, Episode 19)… Brrrrrrrr.

Tout ça pour dire qu’il est plus que temps de vérifier que CE QUE VOUS DITES DE VOUS est bien ce que vous avez envie QUE L’ON SACHE SUR VOUS. Alors, heureux?

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Mon Noël 2.0

Aaaah, quelle chance que de travailler quotidiennement sur et avec les réseaux sociaux. Car s’il y a bien un moment où mes efforts de veille de la toile, mes dizaines de Google alertes, mes centaines de fans, amis, followers, mes dizaines de pages likées, de tweetos suivis, de Google plusseurs, d’abonnements à Instagram ou autres Pinterest prennent tout leur sens, c’est… à N-O-Ë-L !

En effet, en bonne consommonaute et parce que, après tout, je le vaux bien, cette année, j’ai décidé de tenter le Noël 2.0, un Noël conçu et réalisé avec l’aide du web et sans décoller ma rétine de mon écran d’ordinateur.

D’abord, le sapin. Eh oui, en Suisse, on a la chance d’avoir un service vraiment malin, présenté sous la forme d’une « location » de sapin, livré et recherché à domicile après usage. On évite donc : le transport, les épines dans la voiture, et le sapin stocké pendant 1 mois sur le balcon. Ainsi, on se rend sur www.ecosapin.ch, on choisit la taille, la date de livraison, celle du retour, et on valide. Le sapin, c’est fait.

Ensuite, la préparation mentale. Parce que Noël, c’est une mise en condition, une atmosphère à créer, entre féérie et tradition, entre croyances et ambiance. Donc, je prépare ma playlist pour mon iPod (162Go pour 4 heures, ça devrait suffire !) en allant sur iTunes, et je sélectionne les standards (Jingle Bells, White Christmas, Minuit Chrétien) et quelques trucs improbables : LA chanson de Noël de Mariah Carey (chaque année, elle en sort une, je salue donc la constance), et Gangnam Style (parce que 1 milliard de vues, c’est déjà Noël). C’est bon, j’ai deux semaines pour laisser l’esprit festif pénétrer mon esprit de ses clochettes… et mon porte-monnaie, aussi.

Les cadeaux… Bon, j’ai le choix : je vais checker sur Pinterest ce que mes amis et parents ont « accroché » dans leur galerie, voir leur dernier coup de cœur sur Facebook ou je décide de privilégier MON cadeau de Noël ? Option B, définitivement. En plus, 90% de mes proches ne sont pas sur Pinterest, tant pis pour eux. J’attends les offres imbattables de QoQa.ch et je prends ce qui vient : je trouverai bien à qui offrir un couteau Wenger ou un magnifique set à thé ! Noël pour les autres, c’est fait.

Nous disions donc : MON cadeau (on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même) ! Rendez-vous sur le site des CFF, sur TripAdvisor et sur www.sortiraparis.com, crac-boum-hue, week-end réservé, billets de spectacle commandés sur www.ticketac.com, le tout, toujours sans avoir bougé autre chose que mes dix doigts. Et fait chauffer ma carte de crédit, évidemment. Paris, c’est fait.

Bon sang, j’allais oublier : les enfants !! Vite, www.perenoelportable.com!! Une vidéo personnalisée pour ma progéniture, avec Papa Noël, chez lui, expliquant à mes ouailles qu’elles ont été assez sages, qu’elles ont leur livre personnel dans sa bibliothèque (avec photo et lieu d’origine, s’il vous plaît) et qu’elles recevront bien ce qu’elles ont demandé. Et mes enfants découvrant leur vidéo, répondant aux questions de ce Père Noël 2.0 qui ne les entend pas… Le sourire émerveillé d’un enfant, ça n’a pas de prix. Pour tout le reste, il va y avoir www.toysrus.ch… et ma VISA, toujours!

Le repas… Presque trop facile : tous les commerçants de la place vendent en ligne. Seul regret : que ce soit livré cru. C’est vrai, tant qu’à faire, si on pouvait m’apporter le repas chaud, à la maison, et que je puisse me contenter d’un « C’est moi qui l’ai fait ». Je vérifie… non, il existe bien un truc à Fribourg, par exemple, mais il faut être vieux ou malade (ça commence à quel âge, vieux ?) ou alors, pour les jeunes-valides-mais-paresseux, faut habiter ailleurs, genre en France. www.lespetitescasseroles.com, miam ! Bon, le repas sera donc préparé « traditionnellement », par mes soins. En espérant que l’année prochaine, ce sera différent.

Résumons : le sapin, c’est fait. L’ambiance, c’est ok. Les cadeaux, en ordre. Les enfants, heureux. Le repas, en cours. Qu’est-ce qui manque ? Les cartes de vœux ? Déjà faites en ligne et envoyées à qui de droit. Changez ma photo de couverture sur Facebook ? Je ferai ça le 24. Bon, alors j’ai tout.

Ceci dit, exceptionnellement, le soir de Noël, je ferai bien une trêve. La trêve du web. Et ce sera sûrement le meilleur service 2.0 jamais vu : m’offrir une soirée en famille, avec juste les miens, et la magie de Noël… Merry Christmas !

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